Un boss ‘difficile’
Un manager, DRH d’une petite boîte, qui me consulte à propos de son patron : brillant, visionnaire, mais perçu comme maladroit et agressif au quotidien ; comportements difficiles à comprendre par ses équipes : quand il est censé écouter en rendez-vous ou en réunion, il joue fréquemment au ‘solitaire’ sur son PC, ou avec son mobile, ou il règle l’inclinaison de toutes les chaises de la salle de réunion ; les gens le considèrent comme mal élevé, n’écoutant pas. Il accepte très bien les critiques que son DRH lui fait fréquemment (en privé) ; mais son comportement ne change pas.
Il se trouve que je connais le boss en question, par quelques rencontres dans différents contextes (réunions, formation, etc.)
Quelques questions font apparaître les possibilités suivantes :
- Probablement un surdoué, très rapide intellectuellement,
- Probablement quelqu’un de sensible, coupé de ses émotions (‘clivé’), qui cherche à se protéger du contact humain direct –curieusement, avec ses jeux divers, on dirait qu’il ‘triangule’ pour éviter le contact direct, perçu comme menaçant ;
- Sûrement un perfectionniste, fort pénétré de ses ‘insuffisances’ (bien qu’il réussisse très bien) –quand son DRH lui fait des remontrances, il est convaincu d’avance ; à vrai dire, il pense probablement bien pire (de) lui-même.
- Par ailleurs, fortement connecté à la réalité de ce qui est possible ; dans toute situation, il a tendance à penser qu’il sait exactement comment faire pour ‘y arriver’ ; et il ‘y arrive’ très fréquemment. Ce type de personnalité exprime en général (quand ils acceptent de parler) un sentiment de déception face à leurs ‘réussites’, quelque chose comme « ah, ça n’était que ça ? » –leur cérébralité leur permet d’oser des choses que d’autres –sous le coup de l’émotion—n’osent pas ; mais leur absence même d’émotion les empêche de jouir de leur succès—les empêche même d’en percevoir la signification réelle.
- [possible syndrome d’Asperger –« daltonisme émotionnel »]
Comment l’aider ?
- Le rassurer sur ce qu’il fait bien, avec des points de référence et de comparaison ; ce qu’il fait mieux que les autres ;
- Le valoriser à chaque fois qu’il fait bien au niveau humain : courtoisie, délicatesse, gentillesse ;
- Lui indiquer les chemins de l’empathie : après lui avoir fait sentir ses insuffisances, lui dire « et là, comme tu te sens en ce moment, c’est la même chose que ressentent les gens quand tu leur remontes les bretelles »…
- Peut-être un mot avec les subordonnés quand ils expriment leurs critiques sur lui : séparer le bonhomme de ses comportements ; donner une ou deux indications-clés qui recadrent les comportements ‘exotiques’ du boss dans la perspective de ses autres savoir-faire, de ses performances…
(Satisfaction de mon interlocuteur qui dit « je n’avais pas vu ça comme ça ».
