Curieuse expérience dans un séminaire que j’animais il y a quelques temps.
Ce séminaire est sur l’efficacité du travail d’équipe. Il se déroule chez un de mes clients aux États Unis, il réunit une équipe réelle de travail qui démarre un projet ambitieux.
À ce moment du séminaire, je propose un exercice que j’ai animé de nombreuses fois, en français et en anglais, dans différents pays (EMEA, AP, Amérique du Nord).
Cet exercice demande que le groupe se sépare en sous groupes (3 dans le cas précis) ; les sous groupes doivent s’organiser indépendamment, pour réussir une tâche commune (reproduire un objectif, avec des contraintes qui les amènent à s’organiser et coopérer) –aucune concurrence n’est impliquée entre les groupes.
Ce qui s’est passé cette fois-ci, c’est que les 3 sous groupes se sont organisé entre eux (détournant les règles d’une certaine façon) pour produire les résultats, sans passer du tout par les phases du jeu, ni interagir entre eux dans chaque sous groupe ; ils en sont arrivés à mettre en œuvre une division du travail et une exécution purement tayloriennes. Sans autre plaisir que –peut-être—détourner les règles.
Le débriefing a été un peu étrange ; j’avais une forte impression d’incompréhension. Alors que le jeu proposait une activité ‘fun’ en sous-groupes, le groupe réagissait comme à l’usine. Peut-être que leur réaction traduisait leur impatience de ‘se mettre au boulot’.
Mais dans mon expérience, les (rares) groupes qui avaient eu ce type de réaction dans le passé avaient soit un juriste en leur sein ;-), soit une forte tendance rebelle, c’est à dire qu’ils faisaient ça en défi par rapport à l’animateur.
Donc la discussion s’instaure autour de « qu’est-ce qui s’est passé ? » ; et tout à coup, des commentaires apparaissent, comme « Dans le dernier séminaire, que j’ai fait, ils insistaient sur ‘réinterpréter les règles’ donc j’ai cherché comment les détourner », « Dans un autre séminaire, ils avaient insisté sur le fait qu’il n’y a avait pas de concurrence, mais à la fin on s’est aperçu qu’il y en avait une (c’est à dire qu’il y avait eu tromperie) »
Et donc nous y (re)voila –remettre le passé dans le passé—construire le futur. Construire des possibilités. Au lieu de venir d’un passé qui nous restreint à ne croire possible que ce que nous avons déjà vécu—venir d’un futur où les choses sont possibles même si nous n’en avons pas l’expérience, même si nous nous ne savons pas si elles sont possibles ?
Pourquoi était-ce si curieux ? Parce qu’à un moment donné, j’ai ressenti que c’était moi qui venait du passé (des groupes qui avaient fait ça en rébellion) et que eux venaient du futur –où ils auraient à ré-inventer et modifier les règles ; et à se méfier des messages à double contrainte en provenance de leur organisation.
[Chiasme : croisement de termes, comme dans « il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger » –peut-être aussi « je croyais être ici et eux là ; en fait j’étais là et eux ici »]